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2. Peut-on se connaître soi-même ?

Sommaire

Nietzsche : la connaissance de soi, quête obscure et dangereuse

Lire le texte et répondre

  1. Pourquoi, selon Nietzsche, la connaissance de soi est « une chose obscure et voilée » ?
  2. Pourquoi est-ce une quête « pénible et dangereuse » ?
  3. Comment, finalement, peut-on se connaitre soi-même ?
TEXTE N°1 : NIETZSCHE, Considérations inactuelles (1873)
Mais comment nous retrouver nous-mêmes ? Comment l’homme peut-il se connaître ? C’est une chose obscure et voilée. Et s’il est vrai que le lièvre a sept peaux, l’homme peut se dépouiller de soixante-dix fois sept peaux avant de pouvoir se dire : « Voici vraiment ce que tu es, ce n’est plus une enveloppe ». C’est par surcroît une entreprise pénible et dangereuse que de fouiller ainsi en soi-même et de descendre de force, par le plus court chemin, jusqu’au tréfonds de son être. Combien l’on risque de se blesser, si grièvement qu’aucun médecin ne pourra nous guérir ! Et de plus, est-ce bien nécessaire alors que tout porte témoignage de ce que nous sommes, nos amitiés comme nos haines, notre regard et la pression de notre main, notre mémoire et nos oublis, nos livres et les traits que trace notre plume ? Mais voici comment il faut instaurer l’interrogatoire essentiel entre tous. Que la jeune âme […] se demande : « Qu’as-tu vraiment aimé jusqu’à ce jour ? Vers quoi t’es-tu sentie attirée, par quoi t’es-tu sentie dominée et comblée à la fois ? » Fais repasser sous tes yeux la série entière de ces objets de vénération, et peut-être, par leur nature et leur succession, te révèleront-ils la loi fondamentale de ton vrai moi. Compare ces objets entre eux, vois comment ils se complètent, s’élargissent, se surpassent, s’illuminent mutuellement, comment ils forment une échelle graduée qui t’a servi à t’élever jusqu’à ton moi. Car ton être vrai n’est pas caché tout au fond de toi : il est placé infiniment au-dessus de toi, à tout le moins au-dessus de ce que tu prends communément pour ton moi.

Montaigne : Je n’ai rien à dire de moi

Exercice

Pour chacune des 4 citations, expliquez en quoi Montaigne rejette la possibilité de la connaissance de soi

TEXTE N°2 : MONTAIGNE, Essais (1580)
« Je n’ai rien à dire de moi entièrement, simplement et solidement, sans confusion et sans mélange, ni en un mot. »
Essais, II, chap. I
« Nous sommes tous de lopins, et d’une contexture si informe et diverse que chaque pièce, chaque moment fait son jeu. Et se trouve autant de différence de nous à nous-mêmes que de nous à autrui. »
Essais, II, chap. I
« Nous sommes, je ne sais comment, doubles en nous- mêmes. »
Essais, II, chap. XVI
« Moi à cette heure et moi tantôt sommes bien deux ».
Essais, III, chap. IX

Complément n°1 : les trois caractéristiques du Moi

Le “MOI” et ses trois dimensions

Le moi, d’un point de vue psychologique, se caractérise par :

  1. La permanence (ou ipséité : je reste moi-même malgré les changements dûs au temps qui passe)
  2. L’identité (ou unicité : je suis moi-même, je suis unique, je ne me confonds pas avec autrui)
  3. L’unité du moi (je suis “un” et pas deux ou trois en moi-même, ne suis qu’une seule personne)

La question du moi est donc triple :

  • Problème de la permanence ou de l’ipséité : suis-je le même à travers le temps ?
  • Problème de l’identité ou de l’unité : suis-je unique, qu’est-ce qui me distingue d’autrui ?
  • Problème de l’unité : suis-je une seule et même personne, ou puis-je être double ?

Complément n°2 : Qui suis-je ? Une quête philosophique - Amy Adkins

Complément n°3 : Entretien avec la poétesse Etel Adnan, janvier 2011